Santé

Les prébiotiques

On découvre actuellement des rôles insoupçonnés de la flore intestinale, qui doit être comprise maintenant comme un véritable organe rattaché au corps. Voyons comment celui-ci peut être nourri spécifiquement


Les prébiotiques sont des nutriments intestinaux sélectifs représentant des substrats énergétiques pour des bactéries spécifiques. Ces nutriments, composés alimentaires, du fait de leur résistance à la digestion et à l'absorption dans la partie haute du tube digestif, sont transférés dans le côlon. Les prébiotiques peuvent alors y être utilisés par fermentation (à l'abri de l'oxygène) et, comme on mettrait un engrais spécifique sur une plante donnée, ils modulent la flore et par suite la physiologie du côlon. L'apport régulier de prébiotiques peut donc modifier l'environnement métabolique du gros intestin. On peut alors parler de nutrition intestinale. La conséquence résulte en un bien-être, et la santé de l'individu est améliorée par une meilleure composition/activité de la flore.

Quelques sources naturelles de prébiotiques
Actuellement sont considérées comme répondant à la définition de prébiotique l'inuline et les galacto-ologosaccharides. D'autres candidats sont à prévoir : les isomalto-oligosaccharides, le lactosucrose, les xylo-oligosaccharides, les oligosaccharides du soja, les gluco-oligosaccharides, l'arabinoglucose... toutes ces molécules complexes étant caractérisées par la présence de différents sucres.

Teneur des aliments en prébiotiques
(en g d'inuline par 100 g d'aliment)

l'artichaut, 2-7
l'ail, 16
le topinambour, 17-20
le poireau, 3-10
l'oignon, 4
le salsifis, 20
la banane, 1
la chicorée, 20

Les nutriments prébiotiques sont ainsi naturellement présents dans les fruits, les céréales, les légumes, ainsi que dans le lait maternel – ô, Mesdames, allaitez ! – et participent à une nutrition adéquate.

Précisons le cadre
Actuellement, l'objectif est celui de la prise de poids. Il engendre divers effets pathologiques :
l'encrassement lipidique du foie,
l'hypertension artérielle,
l'athérosclérose,
l'obésité des viscères (graisse parasite dans les tissus),
des désordres de la coagulation,
enfin, le diabète de type 2.

Le dénominateur commun est l'inflammation
Nous avons vu que le changement de composition de la flore intestinale était relié à l'obésité (article précédent). Se débarrasser de cette flore gênante serait-il une solution ? On a montré que l'utilisation d'antibiotiques à large spectre chez la souris permettait de diminuer l'adiposité et d'améliorer la tolérance au glucose. Le transfert de flore « saine » chez des individus présentant un syndrome métabolique – défini par l'association d'anomalies lipidiques sanguines, d'hypertension artérielle et de surpoids – améliore la situation. Cela est évidemment plutôt expérimental, quoique vérifié, et compliqué à mettre en oeuvre au niveau d'une population. Mais existerait-il une autre voie, celle de promouvoir l'essor des bactéries potentiellement bénéfiques, luttant contre la maladie ?

L'approche prébiotique
Le nombre des bifidobactéries à la naissance est inversement corrélé à l'apparition du surpoids à la préadolescence. Elles sont plus rares chez les bébés lorsque la mère est en surpoids. Elles sont plus rares chez les individus obèses que chez les individus minces, et chez les patients diabétiques de type 2 que chez les non-diabétiques. Voilà qui fait réfléchir !
Alors, peut-on donc nourrir spécifiquement ces bifidobactéries afin qu'elles croissent ? Elles se nourrissent de fibres – sucres complexes – essentiellement de type inuline et fructane (galacto-oligo-saccharides, GOS). Les études montrent que l'administration orale de prébiotiques augmente le contenu intestinal en bifidobactéries. Les effets sont visibles : on observe la diminution de taille des cellules graisseuses de l'organisme, en rapport avec une destruction accrue des lipides qu'ils contiennent. Même, le nombre des cellules graisseuses – adipocytes – diminue.
Cependant, l'effet prébiotique ne se résume pas à l'action sur les bifidobactéries : il s'exerce aussi vis-à-vis d'autres micro-organismes, tels les lactobacilles, les eubactéries et les fécalobactéries.
Les prébiotiques empêchent la surexpression de la protéine GPR43 et des gènes cibles de PPAR γ, et cet effet est corrélé au taux de bifidobactéries – peu importe, je veux signifier par là que l'on dispose de preuves scientifiques. D'autre part, on a noté une corrélation positive entre l'adiposité et le LPS (voir le dernier article de la revue) et une corrélation inverse entre l'adiposité et les bifidobactéries.
Certains prébiotiques, notamment inuline/fructanes, augmentent la tolérance au glucose et diminuent le taux sanguin de LPS – endotoxémie. Ces mêmes prébiotiques diminuent la fabrication et le stockage des lipides dans le foie – c'est de l'anti-foie gras ! Mais encore, l'effet sur le poids corporel et sur l'encrassage graisseux du foie (stéatose) va de pair avec une augmentation de la satiété !
Pour nous résumer, considérons que les prébiotiques réduisent la masse grasse, réduisent la stéatose hépatique, réduisent la glycémie et réduisent l'inflammation tout en régularisant l'appétit. Surprenant, non ?

Réduire l'inflammation
Comment alors expliquer la diminution de production du trop fameux LPS, molécule toxique, hautement pro-inflammatoire, issue des bactéries Gram-négatives, par l'absorption de prébiotiques ? Le fait de renforcer la barrière intestinale, donc de lutter contre l'hyperperméabilité intestinale, serait-il efficace ? Oui, en effet. On a pu montrer que les prébiotiques restaurent la fabrication de protéines impliquées dans les jonctions serrées intestinales – celles qui font l'étanchéité de la muqueuse – qui justement sont amoindries chez l'individu obèse. Le mécanisme n'est pas compris actuellement, mais c'est un fait. On étudie une autre voie : celle des cannabinoïdes endogènes dans le contrôle de la perméabilité intestinale et de l'endotoxinémie au LPS. Vous avez bien lu : du cannabis ? Non, bien sûr, mais quelque chose en nous qui y ressemble un peu. Mystère de la nature !

Cellules endocrines de l'intestin
Autre piste : les cellules endocrines de l'intestin. On en parle très peu, elles sont très peu nombreuses, d'où la difficulté à les étudier. Mais elles ne sont sûrement pas là par hasard ! Ces cellules endocrines – qui fabriquent des substances déversées dans le sang – synthétisent différentes protéines (pro-glucagon, GLP 1 et 2). Lorsqu'on apporte à l'individu des prébiotiques, le nombre de ces cellules endocrines s'accroît et, par suite, les produits fabriqués dans la veine porte – celle qui mène le sang de l'intestin vers le foie, transportant glucides et protéines absorbés par celui-ci. On a démontré que le GLP 2 diminue l'inflammation, l'endotoxémie au LPS et augmente l'intégrité de la barrière intestinale chez les souris. En somme, absorber des prébiotiques régularise aussi la perméabilité intestinale.

Prébiotiques et satiété
Chez les individus sains, les prébiotiques augmentent la satiété, notamment lorsque l'inuline est consommée le soir : la faim se calme plus vite pour le contenu d'un même repas. Cela est en rapport avec la sécrétion de protéines endocrines qui diminuent l'appétit. Le sucre du sang est plus rapidement absorbé par les cellules du corps : la glycémie est diminuée après le repas, le glucose en excès se transformant moins en triglycérides alors stockés dans les adipocytes sous l'effet de l'insuline. Les effets sont patents, comme vous le voyez, et sont d'un grand intérêt à notre époque.

Conclusion
En résumé, l'effet prébiotique :
– améliore les fonctions coliques en augmentant la masse et la fréquence des selles,
– réduit le risque d'infections intestinales,
– améliore l'absorption des minéraux (calcium, magnésium, fer),
– améliore la perméabilité intestinale,
– diminue l'endotoxémie métabolique (LPS),
– réduit le risque d'obésité et de diabète de type 2,
– améliore les défenses immunitaires (études chez des enfants âgés de 4 à 24 mois),
– améliore la réponse immunitaire vaccinale (enfants âgés de 8 mois),
– améliore l'incidence de l'allergie chez les enfants,
– module l'activité endocrinienne intestinale et notamment l'appétit via la sécrétion de peptides ayant un impact sur la satiété (ghréline, GLP 1...),
– améliore les symptômes des maladies inflammatoires de l'intestin.

On constate que la liste des effets est plutôt longue et recoupe partiellement les effets dus aux probiotiques. Quoi de plus normal, puisque le couple probiotiques/prébiotiques est indissociable.
Pourtant, la controverse existe, et c'est bien ainsi. Les bifidobactéries sont parfois retrouvées plus nombreuses chez l'obèse ! Et elles sont capables de promouvoir la croissance d'animaux d'élevage et d'augmenter le poids corporel d'enfants atteints de diarrhées. Pourtant, il existe une place incontestable pour les prébiotiques : on contrôle mieux le diabète, le surpoids. Ainsi, on voit que les prébiotiques sont les alliés des probiotiques, dont nous avons déjà parlé. En attendant d'autres études en cours...

Version PDF    Liens vers la publication    Imprimer