Santé

Le syndrome d'apnées obstructives du sommeil : un risque cardiovasculaire encore trop méconnu

Le syndrome d'apnées obstructives du sommeil (SAOS) est devenu depuis quelques années un problème de santé publique important. Il devrait également représenter une préoccupation médicale de premier plan, compte tenu de l'accroissement exponentiel de la prévalence de l'obésité dans les sociétés occidentales ou émergentes


C'est, effectivement, un véritable enjeu de santé publique qui attend les générations futures de soignants. Non seulement le syndrome d'apnées du sommeil affecte la qualité de vie de celui qui en est porteur, mais il altère également celle de son entourage, et il peut avoir de graves conséquences sur la santé.
Les études indiquent qu'il concerne entre 2 et 6 % de la population générale. La forme obstructive représente la grande majorité des syndromes d'apnées du sommeil. D'autres formes peuvent être considérées comme secondaires, en relation avec des anomalies oto-rhino-laryngologiques, endocriniennes ou génétiques.

Du ronflement à l'apnée
L'affection est caractérisée par une collapsibilité anormale des voies aériennes supérieures, aboutissant à la survenue d'anomalies respiratoires d'importance variable, allant du ronflement, qui traduit un écoulement turbulent de l'air inspiré, jusqu'à la fermeture totale des voies aériennes supérieures, qui caractérisent le phénomène apnéique.
Dans cette forme obstructive, la réduction ou l'arrêt des flux respiratoires précède toujours une diminution de la pression partielle en oxygène dans le sang artériel, associée à une réaction cardio-vasculaire au moment de la réouverture des voies aériennes faisant suite à une réaction d'éveil cortical.
Cette affection est caractérisée par un certain nombre de symptômes nocturnes et diurnes.
Pris isolément, chacun de ces symptômes perd de son sens clinique. Considérés dans leur ensemble, ils peuvent parfaitement expliquer l'altération franche de la qualité de vie rapportée.

Le jour et la nuit...
Le SAOS est tout d'abord l'une des causes les plus fréquentes de somnolence diurne excessive, responsable d'un risque accru d'accident du travail et d'accident de la voie publique. Les autres symptômes diurnes peuvent être représentés par une anxiété et une tendance dépressive, sans explication notable, par des troubles caractérologiques avec irritabilité, par des troubles mnésiques concernant surtout la mémoire des faits récents, par des troubles de la concentration.
La nuit, c'est essentiellement le ronflement caractéristique très sonore, interrompu par les arrêts respiratoires, qui permet de faire évoquer le diagnostic lorsqu'un conjoint peut alerter et rapporter cet élément clinique.
Les autres symptômes se caractérisent par une agitation nocturne anormale, une transpiration importante, des mictions nocturnes fréquentes.

Conséquences sociales, conséquences sanitaires
Les conséquences de ces anomalies respiratoires survenant au cours du sommeil sont multiples : au plan de l'accidentologie, elles entrent, nous l'avons dit, pour une large part dans les statistiques des accidents de la vie professionnelle et ceux de la route.
Par ailleurs, il est clair que le SAOS constitue un facteur de risque cardio-vasculaire isolé. Les principales conséquences dans ce domaine cardio-vasculaire sont l'hypertension artérielle systémique, l'infarctus du myocarde, les accidents vasculaires cérébraux. Il existe, en effet, une augmentation de la mortalité cardio-vasculaire, survenant en particulier en période nocturne. Ces anomalies cardio-vasculaires semblent être médiées par une association du SAOS au syndrome métabolique.
Des travaux récents ont mis en évidence une relation précoce existant entre SAOS et athérosclérose. Cette relation survient indépendamment des autres facteurs de risques cardio-vasculaires.
Un dernier élément semble également venir moduler cette relation entre syndrome d'apnées obstructives du sommeil et altération du métabolisme, notamment glucidique : les marqueurs de l'inflammation qui feraient de cette association – SAOS, somnolence diurne excessive, inflammation et résistance à l'insuline – un véritable modèle d'athérosclérose et d'affection cardio-vasculaire.

Diagnostic et traitement de l'affection
Le diagnostic repose dans le meilleur des cas sur la réalisation d'un enregistrement nocturne, dans une unité de sommeil, sous la surveillance continue d'un personnel formé. Cet examen complet constitue l'examen de référence pour le diagnostic du SAOS et permet au passage de rechercher également d'autres pathologies du sommeil.
La prise en charge globale de ces affections respiratoires liées au sommeil est réellement multidisciplinaire, de la mise en évidence du diagnostic jusqu'aux conséquences et au traitement de ces affections. Elles concernent les différentes spécialités médicales telles que cardiologie, diabétologie, endocrinologie, neurologie, oto-rhino-laryngologie et pneumologie.
La médecine générale n'est bien évidemment pas oubliée dans ce réseau, puisqu'elle constitue le premier maillon de la chaîne de prise en charge de cette affection liée au sommeil.
L'amélioration qui est observée après traitement est l'une des clefs de la bonne tolérance et de l'observance au long court de la thérapeutique que représente la pression positive continue par voie nasale.
Parallèlement à cela, la limitation des autres facteurs de risques et la mise en place de règles hygiéno-diététiques strictes (lutte contre l'obésité, sevrage de boissons alcoolisées, lutte contre la dette de sommeil) ainsi que la limitation de l'utilisation des facteurs moléculaires aggravants (myorelaxants et antidépresseurs sédatifs) complètent l'arsenal thérapeutique de la maladie d'apnées du sommeil.
La pression positive continue, enfin, a bien démontré ses effets bénéfiques dans l'hypertension artérielle résistante au traitement et dans les troubles métaboliques de type altération du métabolisme glucidique associée aux anomalies pharyngées liées au sommeil.

L'aspect prévention est donc tout à fait fondamental dans cette affection, qui se met en place sur des années et dont les conséquences sont loin d'être négligeables.

Version PDF    Liens vers la publication    Imprimer