Santé

Ces médicaments qui coûtent une fortune aux systèmes de santé

Les laboratoires conçoivent des molécules plus ciblées mais beaucoup plus chères

 

C'est une décision emblématique. Voilà quelques jours, le système de santé britannique s'est refusé à homologuer un nouveau traitement de Roche contre le cancer du sein. Le motif ? Non pas l'efficacité du médicament, mais son prix. Le Kadcyla, qui permet de traiter l'une des formes les plus agressives du cancer du sein, affiche un coût de revient de plus de 112 000 € pour trois doses par semaine sur une durée de 14,5 mois. Un prix trop élevé pour le National Institute for Health and Care Excellence (Nice), qui demandait un rabais de 60 % à Roche pour que le médicament soit considéré comme « rentable » par l'organisme de santé britannique.

Dans les années à venir, ce type de refus pourrait bien se multiplier. Roche est en effet loin d'être le seul à se positionner sur des molécules à prix très élevés ciblant des populations restreintes. Homologué par les autorités de santé américaines, le Yervoy, un traitement contre le cancer de la peau, affiche un coût de 120 000 $ par patient (90 000 €). Très rentable, il a vu ses ventes bondir de 38 %, au deuxième trimestre, à 321 millions de dollars. Mais l'exemple le plus frappant est sans doute le Sovaldi. Vendu par la biotech américaine Gilead, cet antiviral guérit environ 90 % des malades de l'hépatite C mais le prix du traitement, vendu 84 000 $ (62 000 €) aux Etats-Unis, pose la question de sa prise en charge financière.

Repositionnement


A quoi tient cette multiplication des traitements à prix très élevés ? « Les laboratoires ciblent de plus en plus leurs recherches sur des pathologies relativement invalidantes à population restreinte. Le modèle précédent, des blockbusters avec un prix moyen peu élevé, ciblant une population large, ne donne plus des résultats satisfaisants. Sur nombre de ces pathologies, les innovations sont désormais incrémentales. Il ne s'agit plus d'innovations de rupture », explique Patrick Biecheler, senior partner chez Roland Berger.

Ce repositionnement des laboratoires donne des résultats spectaculaires en cas de succès. Lancé en décembre, le Sovaldi a généré à lui seul 5,7 milliards de dollars de revenus sur les six premiers mois de l'année. Un record ! Le phénomène effraie de plus en plus les autorités de santé. En France, Gilead négocie le prix de remboursement de son produit, mais ses exigences, calquées sur les prix pratiqués outre-Atlantique, semblent exorbitantes. « En Europe, l'avènement de ces traitements très onéreux pose un problème éthique aux systèmes de santé parce que ces médicaments ne permettent pas de guérir d'une maladie mais de prolonger la durée de vie des patients, explique Patrick Biecheler. Face à cette situation, la Grande-Bretagne a adopté une approche comptable en estimant qu'un an de survie supplémentaire valait environ 50 000 €. »

 

Emmanuel Grasland, Les Echos

 

 

 

http://www.lesechos.fr/journal20140813/lec2_industrie_et_services/0203699125752-ces-medicaments-qui-coutent-une-fortune-aux-systemes-de-sante-1032580.php

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